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Le Diamant Noir
Actualités

Pour trouver de l'or, suivez ce champignon !

5 juin 2019
Pour trouver de l'or, suivez ce champignon !

FUTURA PLANETE

Des chercheurs australiens ont découvert une espèce de champignon capable de dissoudre l'or des roches et de l'accumuler sous forme de nanopépites dans son mycélium. Ce champignon pourrait être à l'origine de la répartition de l'or sur Terre et permettre l'identification des meilleures zones de prospection.

Fusarium oxysporumest un champignontellurique très répandu dans les sols du monde entier, qui produit un mycélium rose en forme de fleur. Jusqu'à présent, il était surtout connu comme pathogène, à l'origine de la fusariose, une maladie qui cause des ravages dans l'agriculture, notamment sur la tomate, la bananeou le melon-- même si des variétés résistantes ont permis de faire quasiment disparaitre la maladie en France.

Des chercheurs du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) viennent aujourd'hui de lui découvrir une nouvelle faculté nettement plus positive : chercheur d'or. Une étude parue le 23 mai dans la revueNature Communicationsmontre en effet que le champignon est capable d'accumuler l’ordans son mycélium sous forme de minuscules « pépites ».

L’or, un métal inerte peu enclin à réagir avec des micro-organismes

On sait depuis longtemps que les champignons telluriques jouent un rôle prépondérant dans la dégradation et le recyclage de matières organiques (feuilles, déchets...), ainsi que dans le cycle de certains métaux comme l'aluminium, le fer, le manganèse ou le calcium. « Mais l'or étant le métal le plus inerte, nous avons été très surpris de constater que le champignon pouvait avoir une interaction avec lui », atteste Tsing Bohu, le principal auteur de l'étude. Le métal jaune est en effet très résistant à l'oxydation chimique. Pour le solubiliser, il faut à la fois un oxydant et un ligand ayant une forte affinité avec les ions or comme le cyanure, que l'on utilise à l'heure actuelle pour extraire l'or du minerai.

Les chercheurs ont analysé différents échantillons de sol issus d'une zone appelée « Triangle d'or » dans la mine de Boddington, en Australie. Dans ce gisement, l'or est présent sous forme de nanoparticules mais, dans certains endroits, sa concentration est beaucoup plus élevée. Ils ont alors remarqué que ces échantillons correspondaient à ceux où Fusarium oxysporum(plus spécifiquement la souche TA_pink 1) était présent. Ils ont alors mené des tests en laboratoire et se sont aperçus que le champignon était capable de dissoudre les particules d'or dans la roche, puis de les précipiter autour de son mycélium. « Ce processus pourrait contribuer à la répartition de l'or et d'autres éléments à la surface de la Terre», assure Tsing Bohu.

Fusarium oxysporumn'étant pas exactement l'oncle Picsou, on ne sait pas pourquoi il collecte ainsi l'or dans son mycélium. Les chercheurs pensent que cela pourrait lui conférer un avantage biologique, les champignons recouverts de nanoparticules d'or semblant être plus gros et se répandre plus rapidement que les autres.

De nouveaux moyens originaux de prospecter l’or

Il n'est pas question ici de récupérer les nanopépites dans le mycélium, la quantité d'or étant négligeable. « Mais les champignons pourraient être utilisés en combinaison avec les autres outils d'exploration pour aider l'industrie aurifère à cibler des zones de prospection d'une manière moins impactante et plus rentable que le forage », espère Tsing Bohu. Le champignon pourrait également servir à récupérer l'or des déchets, notamment dans les vieux appareils électroniques.

Les chercheurs du CSIRO multiplient les idées pour traquer l'or en Australie, deuxième producteur au monde. En 2013, ils avaient déjà montré que les eucalyptus pouvaient concentrer l'or puisé vialeurs racines dans leurs feuilles. Ils avaient ainsi calculé qu'une bague pourrait être fabriquée à partir des feuilles de 500 gros arbres poussant sur un gisement riche en or. Ils se sont également intéressés aux termites et aux fourmis, qui stockent de petites particuliers d'or dans leur terrier.


De vieux vêtements pourraient devenir un matériau de construction

2 avril 2019
De vieux vêtements pourraient devenir un matériau de construction

Les 2 Rives.com

CHAMPIGNONS À LA RESCOUSSE 

Utiliser des vieux vêtements pour construire une maison, des panneaux isolants ou encore le pare-choc d’une voiture, c’est le défi que relève le mycologue, David Dussault.

Rencontré dans sa ferme de champignon, située à Saint-Ours, le scientifique explique comment il utilise le mycélium pour biodégrader les textiles et même leur donner une deuxième vie. Le mycélium, c’est le système racinaire des champignons.

Le champignon qu’on a l’habitude de voir, c’est l’organe sexué ; le mycélium c’est comme les racines […] Les champignons sont les grands décomposeurs moléculaires de la planète, souligne M. Dussault. Je me suis dit que s’ils arrivaient à dégrader les hydrocarbures, comme des produits issus du pétrole, je pouvais les utiliser pour réseauter d’autres matières ensemble. »

Ainsi, M. Dussault offre les textiles comme repas à du mycélium. Une fois que le système racinaire a digéré les vieux vêtements, on obtient une substance blanchâtre ou jaune, biodégradable, qui peut également servir pour construire différents objets. Cette substance peut donc être moulée puis utiliser pour en faire n’importe quelle pièce désirée.

Le chercheur travaille de concert avec l’entreprise Certex dans le but de désengorger les sites d’enfouissement. Chaque année des tonnes de vêtements usagés, ou même parfois neufs, se retrouvent à la poubelle ou encore sont envoyées dans des sites d’enfouissement ailleurs dans le monde où elles prennent des centaines d’années à se dégrader.

Dans le cadre de son postdoctorat, David Dussault collabore à plusieurs projets dans le but de faire mieux connaître ce processus et ainsi mener à la commercialisation de cette substance qu’il utilise. Il travaille également avec Architecte sans frontières, avec qui il fera tout le mobilier d’un projet montréalais à base de mycélium.

La commercialisation d’un produit peut prendre plusieurs années, selon le scientifique, mais il est persuadé que cela arrivera. Pour le moment, il en est au stade de pré-commercialisation et il est plus qu’optimiste.

« Je pense que c’est la solution de l’avenir », assure le chercheur.

En plus de travailler à trouver des solutions écologiques pour le futur de la planète grâce à ses champignons, M. Dussault cultive également plusieurs espèces de champignons gastronomiques. Son entreprise Mycocultures approvisionne d’ailleurs le restaurant Le Fougasse à Sorel-Tracy.



Lot Of Saveurs : Christian Constant, truffe, Grand Banquet, marché gourmand et soirée des chefs pour l’édition 2019

27 mars 2019
Lot Of Saveurs : Christian Constant, truffe, Grand Banquet, marché gourmand et soirée des chefs pour l’édition 2019

MEDIALOT

Thibaut Souperbie 

On va se régaler !

L’édition 2019 de Lot of Saveurs a été présentée au Café Constant à Paris, le 27 mars, en présence de Jean-Marc Vayssouze, maire de Cahors, d’Alain Ambialet, président du syndicat des trufficulteurs de la région de Lalbenque, Joël Gilbert vice-président en charge de Lot of Saveurs et David Blanco, président de Les Bonnes Tables du Lot , et le maître des lieux, le chef Christian Constant qui sera le parrain du festival cette année.  Son « Y a du travail » rocailleux à souhait, Tarn-et-Garonne oblige , dans l’émission Top Chef, est devenu un must cathodique.

Côté produit star, c’est la truffe qui sera sublimée du 5 au 7 juillet pour le 10ème anniversaire de LOS. La recette reste inchangée avec des ingrédients qui en ont fait le succès aussi bien lors des 3 jours à Cahors que lors des 7 marchés dans les communes du Grand Cahors : Marché gourmand, Grand banquet et ses 2 200 convives, le brunch du dimanche midi et la soirée des chefs des Bonnes tables du Lot pour la partie cadurcienne et puis le festival partira sur les routes du Grand Cahors avec des étapes à 

– Bellefont- La Rauze, le 11 juillet

– Les Junies, le 18 juillet

– Gigouzac, le 25 juillet

– Arcambal, le 1er août

– Calamane, le 8 août

– Pradines, le 15 août

– Catus, le 22 août.

La cueillette des truffes du désert en Libye, un métier et "une passion"

25 mars 2019
La cueillette des truffes du désert en Libye, un métier et

La truffe blanche du désert: TERFESS 

Milad Mohamad montre les truffes blanches trouvées dans le désert, le 22 février 2019 en Libye AFP

Al-Hamada (Libye) (AFP)

En Libye, des ramasseurs de truffes blanches bravent l'insécurité et le froid du désert, à la recherche de ce précieux champignon, convoité par la population locale mais aussi par les riches pays du Golfe, où il est considéré comme un produit de luxe.

Milad Mohamad, un sexagénaire, entreprend chaque année la même randonnée dans le désert libyen où presque rien ne pousse, sauf quelques herbes... et des truffes qui se développent sous le sable par l'effet combiné de la pluie et du froid nocturne.

Appréciées en Libye depuis l'époque romaine, ces truffes blanches ou, comme les appellent les habitants d'Afrique du Nord, les "Terfas" ? un dérivé de leur nom latin, Terfezia Leonis ? sont également utilisées en médecine traditionnelle.

A bord d'un pick-up ou à pied, Milad Mohamad sillonne al-Hamada al-Hamra, une région désertique particulièrement aride, à environ 500 kilomètres au sud-ouest de Tripoli. Derrière son volant, ce "chasseur" aguerri repère les truffes enterrées sous le sable à des dizaines de mètres.

Parfois, il stoppe son véhicule et parcourt à pied un secteur propice. Une fois les truffes repérées, il lui suffit de gratter délicatement le sol à la main ou avec sa canne pour les extraire.

M. Mohamad reste discret sur sa capacité à discerner à l'oeil nu les bons endroits, mais loue sans cesse les vertus du suc du champignon contre certaines maladies oculaires... et celles de la cueillette pour se changer les idées.

"A vrai dire, ce n'est pas mon métier mais plutôt une passion, comme une thérapie et une purification du brouhaha de la ville", explique-t-il en allumant sa cigarette devant la tente qu'il a dressée à la tombée de la nuit pour s'abriter du froid glacial.

C'est "un endroit beau et rude à la fois, où l'on se sent si isolé", ajoute-t-il.

- "Manne du ciel" -

Infatigable, il parcourt des dizaines de kilomètres à pied, s'arrêtant régulièrement pour siroter un thé fort et très sucré, qu'il fait mijoter sur les braises.

Pour lui, "rien ne vaut la satisfaction de creuser la terre à mains nues pour extraire ces délicieuses truffes", une "manne du ciel" qu'il s'empressera de vendre une fois rentré dans sa ville de Zentan, à environ 300 km au nord.

Très recherchée pour sa valeur nutritionnelle et pour son goût, la truffe blanche a vu son prix tripler ces dernières années en Libye, en raison de conditions climatiques défavorables mais aussi de l'insécurité dans le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Mais cette année, la récolte a été suffisamment abondante pour faire baisser considérablement les prix de gros, passés de 130 dinars (environ 33 dollars) le kilo en début de saison, à 80 dinars (20 dollars) pour les meilleures truffes, selon un commerçant.

Près de Zentan, sur la route qui mène à al-Hamada al-Hamra, se dresse une petite tente qui fait office de marché de gros de la truffe des sables. Comme Milad Mohamed, d'autres ramasseurs y arrivent, au terme de randonnées éprouvantes de plusieurs jours.

- "Prix dérisoire" -

Khaled Abdelwahed, 46 ans, a passé quatre nuits dans le désert et rapporte un sac de huit kilos. Il ne cache pas sa déception devant le prix proposé par un négociant algérien, qui traverse chaque année la frontière à la saison des truffes du désert, de novembre à mars.

"Nous avons enduré un froid terrible mais ce commerçant ne nous les achète qu'à un prix dérisoire pour ensuite les revendre" beaucoup plus cher, se désole-t-il. "Le négociant fait plus de bénéfices (que nous), alors qu'il est assis au chaud sous sa tente."

"Ce sont les commerçants et les riches (consommateurs) qui en profitent (...) alors que nous ne consommons que quelques grammes avec nos familles pour pouvoir vendre le plus gros de la récolte".

Le négociant Khalifa al-Sahraoui se défend de réaliser un profit important sur le dos des cueilleurs: "Nous achetons les truffes pour les revendre à d'autres commerçants".

Un autre négociant, Abdallah Miloud, renchérit: "Nous vendons à des intermédiaires qui, à leur tour, les revendent à l'étranger. Nous ne sommes pas impliqués dans cette partie de la transaction". Selon lui, la truffe blanche libyenne est "d'une grande qualité" et est très "recherchée dans les pays du Golfe".

Il n'existe aucune statistique officielle sur le volume d'exportation de ces champignons libyens.

Mais "ce qui est sûr", selon Abdallah Miloud, "c'est que la truffe blanche a sauvé plusieurs familles qui étaient dans le besoin".

? 2019 AFP

Les mycorhizes, une révolution verte décortiquée

25 mars 2019
Les mycorhizes, une révolution verte décortiquée

J. André Fortin, biologiste auteur de Les mycorhizes, l'essor de la nouvelle révolution verte  (Photo : gracieuseté)

Le 9 avril, J. André Fortin présentera le fruit de ses travaux et réflexions sur les mycorhizes à la faveur d’une conférence qui se tiendra à la Salle de regroupement du Cégep de Victoriaville, de 17 h à 19 h. On y convie les étudiants et toute la population.

Le conférencier s’avère le fondateur de l’Institut de recherches en biologie végétale de l’Université de Montréal. Il a consacré sa carrière de chercheur et de professeur à la biologie des champignons. À présent, il diffuse les résultats de ses études et démontre que ses usages promettent une agriculture plus verte.

Simon-Louis Lajeunesse, chercheur au Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA), a invité le scientifique reconnu à exposer ses constats aux étudiants de l’Institut national d’agriculture biologique (INAB) du Cégep de Victoriaville, mais aussi à toute la communauté collégiale et victoriavilloise qui nourrit un intérêt pour des méthodes agricoles plus vertes. «Ça inclut deux aspects d’intérêt. Les mycorhizes et la révolution dans leur usage, des questions pertinentes du côté du Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+). Puis, du point de vue du changement de mentalité, donc social, par rapport à l’utilisation des pesticides. Évidemment, cette approche n’utilise pas les pesticides puisqu’ils tuent les mycorhizes», nous informe le chercheur à propos de la pertinence d’une telle proposition au Cégep.

«Le chapeau du champignon, ce que l’on voit, en constitue la partie reproductrice. Mais le champignon lui-même peut faire des kilomètres de long. C’est ce qu’on appelle du mycélium, qui ressemble un peu à une toile d’araignée qui se répand dans le sol», commence M. Lajeunesse. Ainsi, le labourage brise ce délicat tissage et déséquilibre la faune du sol. Les techniques agraires, incluant les mycorhizes, revoient carrément toutes les façons de faire des cultures. Plus question de remuer le sol. On y injecte plutôt des champignons de différentes familles, selon les variétés de légumes, par exemple, cultivées. Ils pourront éradiquer d’autres champignons pathogènes.

Pour illustrer la puissance naturelle des mycorhizes, Simon-Louis Lajeunesse parle de ces arbres qui poussent sur les falaises. «Les champignons microscopiques décomposent la roche et donnent à la plante les minéraux dont elle a besoin. En échange, la plante fournira du sucre aux champignons. C’est une symbiose végétale», exemplifie-t-il.

Nous avons longtemps envisagé les forêts comme un amas d’individus, alors que tous communiquent par ce mycélium. Des arbres de différentes familles peuvent s’échanger des minéraux, de l’information, du sucre et tutti quanti. Ils participent ainsi à la survie des autres espèces autour d’eux. «Les champignons peuvent envoyer des messages chimiques à la grandeur d’une forêt, ce qui fait qu’on la considère de plus en plus comme une grande forme de vie», de dire le chercheur.

Enfin, cette rencontre du 9 avril deviendra une source de sensibilisation et d’information au sujet des possibilités méconnues offertes naturellement par les champignons. Il s’agit d’une des rares occasions, à

Victoriaville, de rencontrer et de discuter avec J. André Fortin à propos de sa carrière et ses travaux.

L’événement demeure ouvert à tous et gratuit. Les participants courront la chance de remporter un exemplaire de Les mycorhizes, l’essor de la nouvelle révolution verte,dédicacé par M. Fortin.


Le projet qui relance la truffe du Périgord

27 fév. 2019
Le projet qui relance la truffe du Périgord
Le Journal du Dimanche

12h00 , le 27 février 2019

Olivier Leserne et son chien Ostape, redoutable dénicheur de truffes, à Savignac-les-Églises (Dordogne). (Yohan BONNET POUR LE JDD)

La saison du cavage vient de se terminer. Ostape, le lagotto romagnolo, ne repartira pas chercher des truffes avant décembre. Les mois à venir ne vont pas être à la flânerie au Grand Merlhiot. Le domaine du Périgord blanc, sur la commune de Savignac-les-Églises, est en plein chantier. "Un projet fou", selon Henri Parent, héritier d'une riche famille industrielle du Nord et entrepreneur audacieux. Il s'est mis en tête de créer une marque made in Périgord, les truffes du Grand Merlhiot, et d'en lancer la production à grande échelle.

Pour cela, il doit déforester, puis replanter des chênes sur la soixantaine d'hectares de la propriété qu'il a achetée en 2017. Il lui faudra alors attendre huit ans pour que les premières truffes apparaissent. Le domaine tournera ensuite à plein rendement pendant une petite vingtaine d'années. D'ici là, les investissements à réaliser se chiffrent en millions d'euros. "C'est une vraie course contre la montre", reconnaît ce passionné d'automobile.

Une production française frappée de pénurie

L'histoire de la truffe est selon lui aussi magnifique que mystérieuse. La présence de "diamants noirs" au pied d'un chêne n'est jamais garantie. Seule certitude, les prix au kilo peuvent s'envoler autour de 1.500 euros et les débouchés commerciaux pour la production d'un terroir aussi prestigieux que le Périgord sont assurés. Cet argument marketing devrait faire barrage à la déferlante espagnole qui plane sur le Périgord. Des truffières, plantées de l'autre côté des Pyrénées, en Aragon, et largement subventionnées, commencent à inonder le marché français.

Les chefs étoilés, gastronomes, amateurs de produits de luxe, lui préféreront sans mal la melanosporum, justement née dans le Périgord, dont elle tire le nom. Le Grand Merlhiot en fait le pari. Henri Parent est persuadé que sa marque, son origine et son terroir peuvent réveiller une production française frappée de pénurie : elle est tombée à 40 tonnes par an contre 1.000 tonnes au début du siècle alors que la demande explose.

Adossé à la bâtisse en pierre blanche dans laquelle il s'est installé, Olivier Leserne, le directeur du domaine, raconte par le menu le projet Grand Merlhiot. Ancien garde-chasse pour la famille d'Henri Parent, en quête d'un nouveau projet professionnel, c'est lui qui a trouvé ce coin de paradis périgourdin. Les noyers, l'autre grande spécialité de la région, vont bien sûr être conservés. Mais de jeunes chênes vont bientôt être plantés sur les terrains en friche, récemment dépierrés et labourés. Les autres parcelles boisées seront arrachées, laissées en jachère pour éliminer toute trace de vieux champignons pour être à leur tour transformées en truffières. Un premier bâtiment deviendra le laboratoire où trois salariés vont trier, nettoyer puis expédier les truffes, cavées à la demande. Enfin, un chenil accueillera une douzaine de chiens, tous des lagottos comme Ostape, cette race italienne qui fait des dénicheurs redoutables de truffes, bien plus rapides que le cochon.

Depuis la mi-décembre, Ostape et Olivier Leserne ont ainsi déterré plusieurs dizaines de kilos de truffes selon le même rituel. Lâché dans la seule truffière du domaine cette année productive, le chien n'a besoin que de quelques minutes pour détecter au pied des chênes la présence de champignons. Olivier Leserne n'est jamais très loin pour empêcher le jeune chien fougueux de prendre dans sa gueule le précieux diamant noir.

Un projet accueilli avec scepticisme et curiosité

Le rendement des nouvelles parcelles devrait être beaucoup plus important que pour la récolte de cet hiver. Les chênes seront taillés avec minutie pour qu'ils ne dépassent pas 2 mètres de haut. "Ce sont de véritables bonsaïs", ironise Henri Parent. Limiter la poussée de l'arbre va permettre aux racines de s'enfoncer peu profondément dans le sol et de s'étendre à l'horizontale, ce qui favorise l'apparition de champignons entre avril et mai. La truffe va alors grossir en été, puis mûrir avec le froid. "La première quinzaine de janvier est déterminante, raconte Olivier Leserne. Mais on dit aussi que de gros orages autour du 14 juillet et du 15 août donnent de bonnes années."

Sur ces collines à fleur de rocher, à la végétation rase et au biotope calcaire si particulier, l'eau n'a pas l'habitude de manquer. Le Grand Merlhiot, qui dispose de ses propres ressources, devrait aussi pouvoir se passer d'intrants chimiques pour produire une truffe bio. "Notre modèle économique passe par un mode de culture artisanal, promet le néoagriculteur. On joue la carte environnementale." Ce dernier a prévu de clôturer ses truffières et de réserver aux animaux un corridor pour qu'ils puissent traverser la propriété.

Dans la région, son projet a bien sûr suscité le scepticisme, la curiosité. Il n'a bénéficié d'aucune aide mais s'est fait au contraire taxer au titre du déboisement, au prix de 4.000 euros l'hectare. Un comble pour Henri Parent, qui connaît peu d'investissements aussi risqués que celui de son domaine trufficole.