Err

Le Diamant Noir
Actualités

Les champignons communiquent-ils entre eux ?

2 mai 2022
Les champignons communiquent-ils entre eux ?
C’est une théorie mise en avant dans une étude récemment publiée par un chercheur britannique. Le « langage champignon » compterait jusqu’à 50 séquences symboliques, que l’on peut comparer à des mots.
DE MARGOT HINRY
PUBLICATION 29 AVR. 2022 À 14:28

Un chercheur britannique a étudié de près l’activité électrique de quatre espèces de champignons. Le champignon fantôme (Omphalotus nidiformis), le champignon Enoki (Flammulina velutipes), le champignon à branchies séparées (Schizophyllum commune) et le champignon chenille (Cordyceps militaris). Parmi les hypothèses énoncées dans les conclusions de l’étude, parue dans la revue The royal society open science, il y a celle d’un « langage » champignons. Ces êtres vivants « échangeraient » non pas des mots, mais des séquences symboliques.

L’étude de l’activité électrique des champignons remonte aux années 1970 selon Andrew Adamatzky, de l’Université de Bristol. D’abord grâce à l’enregistrement cellulaire, qui aurait permis de découvrir des « pointes » qui s’apparentent à des « potentiels d’action ». Au cours des années, de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question. 
En 2018, Andrew Adamatzky a enregistré le potentiel électrique extracellulaire des corps fruitiers des champignons pleurotes roses (Pleurotus djamor). Il explique qu’ainsi, « deux types d'activité de dopage sont mis en évidence : haute fréquence (période 2,6 min) et basse fréquence (période 14 min) » et ajoute qu’il y a ici « la preuve que le comportement de dopage électrique change en réponse à une stimulation thermique et tactile. »

Aujourd’hui, le chercheur britannique dirige, entre autres, un laboratoire informatique où il conçoit des prototypes de dispositifs pour détecter et calculer « avec un large éventail de substrats biologiques, chimiques et physiques. »
Andrew Adamatzky précise qu’afin de pouvoir concevoir des dispositifs informatiques sur la base de champignons, il doit d’abord comprendre « comment l'information est transférée et traitée dans les réseaux de mycélium ». L’étude parue début avril est le résultat de ces questionnements, à savoir comment un calcul peut être effectué au sein d’un réseau de mycélium. 

Le « langage champignon » compterait jusqu’à 50 séquences symboliques, que l’on peut comparer à des mots.
PHOTOGRAPHIE DE ANDREW ADAMATZKY
Le chercheur affirme qu’il est probable que ces pointes d’actions électriques soient « des sous-produits des ondes calciques ». Ces dernières seraient, selon lui, utilisées par les champignons pour trois raisons. D’abord, le maintien de leur intégrité. L’expert compare cela aux cris des loups, « pour signaler leur présence mutuelle » et garder la meute groupée. Ensuite, pour « signaler à d'autres parties du mycélium la découverte de sources d'attractifs et de répulsifs » et puis, afin de transporter l’eau et les nutriments « le long du mycélium ».

L’étude précise également que les impulsions électriques augmentent lorsque les racines du champignon analysé sont en contact direct avec du bois. Le professeur estime que ces êtres vivants pourraient se servir de cette « langue champignon » pour communiquer des informations concernant de la nourriture ou des blessures potentielles « avec des parties distantes d’eux-mêmes ou des partenaires reliés, comme les arbres ».
 
CAPTURER UNE ACTIVITÉ ÉLECTRIQUE DANS UN CHAMPIGNON
Afin de capter ces pics et de pouvoir les analyser, le chercheur a d’abord inséré des électrodes dans un substrat qui avait été « colonisé par le mycélium fongique ». C’est grâce à ces électrodes qu’Andrew Adamatzky a pu découvrir des pics « semblables à des trains » d’activité électrique.

Par la collecte de ces éléments et leur analyse, le chercheur a pu procéder à une comparaison avec des données liées à des langages humains. « J’ai trouvé des similitudes » affirme le chercheur qui compare ces données notamment à de l’anglais et à du russe. « La longueur moyenne des mots fongiques sur quatre espèces et deux méthodes de regroupement des épis est de 5,97, ce qui est de l'ordre de la longueur moyenne des mots dans certaines langues humaines, par exemple 4,8 en anglais et 6 en russe ».

La théorie de la communication entre champignons n’est pas prouvée. Le chercheur insiste bien sur ce point et précise qu’il s’agit de spéculations basées sur ce qu’il a pu observer lors de son travail. L’ensemble de l’étude mérite encore de nombreuses recherches et des tests d’hypothèses critiques.
D’ailleurs, il précise lui-même qu’à chaque théorie, il envisage également celle où il ne s’agit pas de communication ou de langage. « Il y a aussi une autre option : ils ne disent rien » propose le chercheur. Dans ce cas, « les pointes de mycélium en propagation sont électriquement chargées », ainsi lorsqu’elles passent dans les électrodes, un pic au sein de  « la différence de potentiel est enregistré ».

Les théories restent ouvertes. « Peut-être qu’ils font de l'encodage temporel d'informations. Peut-être qu'ils sont analogues à la signalisation vocale des chats. Peut-être que le langage des champignons est quelque peu similaire au « langage » des oiseaux » émet le chercheur. À ce stade, la théorie doit être étayée par la collecte de données d’un plus grand nombre de champignons.

Les champignons à la conquête des terres émergées

29 mai 2021

Les champignons ont aidé les plantes à conquérir les terres émergées

hier à 15 h 46

pastedGraphic.png

Les réseaux de champignons souterrains sont un partenaire incontournable des plantes depuis leur conquête des terres émergées il y a 450 millions d'années, a confirmé une étude scientifique parue récemment.

Une équipe internationale de chercheurs, sous la houlette de ceux du Laboratoire de recherche en sciences végétales (LRSV) de Toulouse-III, a trouvé le chaînon manquant à une théorie remontant aux années 1980.

Elle pose que l'ancêtre de toutes les plantes terrestres existantes, sans doute issu d'une algue d'eau douce et sorti des eaux il y a environ 450 millions d'années, vivait en symbiose avec de minuscules champignons pour se développer sur Terre.

Aujourd'hui, environ 80 % des plantes terrestres utilisent cette symbiose, dans laquelle le champignon sous-terrain "est vraiment une extension de la plante”, explique à l'AFP Pierre-Marc Delaux. Chercheur du CNRS au LRSV, il est le principal coauteur de l'étude parue dans Science (en anglais) la semaine dernière et signée par sa collègue et postdoctorante Mélanie Rich.

Le mycélium du champignon, son appareil végétatif, est constitué d'une quantité innombrable de minuscules filaments blancs, qui s'étendent en réseau dans le sous-sol. Ses extrémités microscopiques, intimement liées aux racines de la plante, lui fournissent principalement de l'eau, de l'azote et des phosphates. En échange, la plante alimente le champignon en lipides, une matière grasse indispensable à son développement.

"Si un des deux partenaires arrête de nourrir l'autre, les échanges s'arrêtent dans les deux sens”, et tout le monde en pâtit, explique M. Delaux : les champignons, qui dépendent "à 100 % de la plante pour leur développement”, ainsi que la plante, qui peut s'en sortir dans un écosystème riche, mais "souffrira beaucoup plus dans un sol très appauvri”.

Les conséquences d'un arrêt de la symbiose vont bien au-delà, car le mycélium du champignon s'étend comme une chevelure tentaculaire.

"Les champignons sont connectés à des centaines, voire des milliers de plantes en même temps”, dit M. Delaux, qui fait état de "travaux assez convaincants” sur le rôle qu'ils joueraient pour répartir des ressources dans cet écosystème.

L'étude des chercheurs a démontré qu'un même gène "symbiotique”, connu pour jouer un rôle essentiel dans le transfert de lipide de la plante vers le champignon, était à l'œuvre dans les deux grandes branches de plantes terrestres. On peut donc en conclure "que leur ancêtre commun qui vivait il y a 450 millions d'années avait également ces gènes”, selon le chercheur.

Le mécanisme était déjà bien identifié pour les plantes vasculaires, avec tiges et racines. Il a été retrouvé dans les plantes non vasculaires, comme les mousses, appelées bryophytes, cette "autre grande lignée de plantes terrestres”.

Les scientifiques ont confirmé le rôle du fameux gène en privant un "mutant” d'une mousse, Marchantia paleacea. Avec pour conséquence directe l'échec de la symbiose et l'arrêt du développement du champignon.

Pour arriver à ses fins, l'équipe du LRSV a travaillé avec une pléiade de chercheurs européens, des Universités de Cologne, Zurich, Leiden et Cambridge, entre autres, et japonais, de l'Université de Sendai.

La recherche du LRSV s'oriente maintenant vers une autre sorte de symbiose, explique Mélanie Rich. Celle qui s'exerce entre des plantes et "des bactéries fixatrices d'azote, qui permettent de récupérer de l'azote atmosphérique et d'en fertiliser les plantes avec lesquelles elles cohabitent”.

Cette symbiose existe chez des légumineuses comme les lentilles. Les chercheurs ont l'espoir de la "recréer avec des plantes ayant un intérêt agronomique comme le blé, le maïs, le riz”, et de "contribuer au transfert d'une agriculture intensive qui appauvrit les sols vers une agriculture plus durable”, ajoute la chercheuse.

Car maîtriser cette symbiose permettrait de limiter l'utilisation massive d'engrais azotés dans les pays riches, et de pallier leur absence dans les pays plus pauvres, d'Afrique et d'Asie du Sud-Est.


La truffe blanche d’Italie peut enfin être cultivée

17 fév. 2021
Le mystère de la truffe manquante est enfin résolu. L’Inrae et les pépinières Robin ont annoncé, mardi 16 février, la production contrôlée par l’homme de la truffe blanche d’Italie. Jusqu’alors, toutes les tentatives de culture avaient échoué

C’est une avancée inédite dans le domaine de la trufficulture. Pour la première fois, la très rare et très chère truffe blanche d’Italie a été produite en dehors de son ère géographique d’origine. Au terme d’une collaboration de plusieurs années, l’Institut national pour la recherche, l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et les pépinières Robin, ont annoncé, mardi 16 février, avoir enfin résolu le mystère la « truffe manquante ».Car jusqu’à présent, la technique permettait de produire, de manière contrôlée, deux variétés principales : la truffe noire et la truffe de Bourgogne. Mais la truffe blanche restait, elle, récoltée dans la nature, dans sa zone d’origine, l’Italie et l’Europe centrale, toutes tentatives pour la cultiver en plantation ayant jusqu’ici échoué.

Un processus de longue haleine
Cette première mondiale, on la doit aux pépinières Robin, installées dans les Alpes-de-Haute-Provence, qui travaillent depuis 1999 avec l’Inrae sur un procédé de « mycorhization » de la truffe blanche. En clair, la truffe est un champignon qui a besoin d’un arbre pour se développer, les deux vivants en symbiose.
La trufficulture repose donc sur la technique de la mycorhization contrôlée : l’association symbiotique entre le champignon truffier et la racine de l’arbre. Si la technique n’est pas nouvelle, elle ne s’appliquait pas encore à la truffe rare. Les premiers plants nés de cette technique ont été élevés sous serre à titre expérimental au milieu des années 2000.Aujourd’hui, les premiers vergers truffiers voient le jour. Il se passe six à sept ans entre la plantation et la récolte de la truffe, qui s’effectue entre début octobre et fin janvier.

Des perspectives économiques
Pour Philippe Mauguin, le président-directeur général de l’Inrae, au-delà du retentissement de la prouesse scientifique, cette avancée crée aussi un « impact social et économique ». « Ce sont potentiellement 50 000 emplois directs ou indirects qui sont liés à cette production ». « Elle va aussi dans le sens de l’agroécologie », précise-t-il, la trufficulture n’utilisant pas de pesticides.Prisée des restaurateurs et des particuliers, la truffe blanche pourrait représenter un débouché important pour les 10 000 à 15 000 trufficulteurs français. Elle se vend entre 1 500 et 5 000 € le kilo, quand la truffe noire se vend, elle, entre 500 à 1 000 € le kilo

Seuls quelques trufficulteurs ont un verger à ce jour. « Nous avons déjà commercialisé près de 2 500 plants pour cette année seulement » précise Bruno Robin, président des pépinières Robin, ajoutant qu’il exporte déjà à l’étranger. Le prix d’un plant mycorhizé à la truffe blanche démarre autour de 80 à 90 €.

Une production affectée par le réchauffement climatique ?
« On peut espérer produire la truffe blanche ailleurs qu’en France » indique Claude Murat, ingénieur à l’Inrae, qui a mené les recherches auprès des pépinières Robin. Des plantations ont déjà eu lieu aux Royaume-Uni. Il est cependant important de choisir un bon environnement de culture pour que la truffe s’épanouisse, au pied d’un chêne, d’un sol, ou encore d’un charme. La précieuse denrée supporte des températures maxima de 20 à 25 degrés Celsius.Quelles seront les conséquences du réchauffement climatique ? « On n’a aucune preuve que le changement climatique ait un impact » indique Claude Murat. Mais la sécheresse estivale ou des pluies abondantes peuvent entraver la pousse du champignon. La truffe blanche s’acclimate également moins facilement aux fortes températures.

Les grandes maisons de couture vendront le cuir de champignon Mylo d’ici l’année prochaine

2 nov. 2020

Les grandes maisons de couture vendront le cuir de champignon Mylo d’ici l’année prochaine

Adidas, Stella McCartney, Lululemon et la société mère de Gucci, Kering, se sont associés pour investir dans un nouveau matériau appelé Mylo, qui est cultivé à partir de mycélium mais rivalise avec l’aspect et la sensation du cuir animal. chacun a accepté de dépenser des sommes à sept chiffres pour aider à améliorer les capacités de production de l’inventeur de Mylo, la société américaine de biotechnologie Bolt Thread. Le plan est de créer une chaîne d’approvisionnement pour le cuir vegan, ce qui lui permettrait d’être fabriqué à une échelle commercialement viable. .Mylo est une alternative au cuir faite par la société de biotechnologie Bolt Threads. des millions de personnes peuvent porter tous les jours », a déclaré Jamie Bainbridge, vice-président du développement de produits de Bolt Threads, à Dezeen. pment accord à ce jour qui vise à introduire un biomatériau sur le marché de masse.Le matériau est fabriqué à partir de mycélium, de champignons de la structure de la racine et d’autres champignons.Après un certain nombre de marques et même des semaines entières de la mode ont été sans fourrure ces dernières années, végétalien le cuir pourrait être la prochaine étape. En tant que sous-produit animal, il n’émet pas seulement des gaz à effet de serre et consomme des ressources naturelles limitées par l’élevage du bétail, il provoque également une pollution de l’environnement par le processus de tannage et de teinture.En échange de leur investissement, les quatre marques du consortium Mylo ont les droits exclusifs d’utiliser l’alternative à base de mycélium de Bolt Thread, les premiers produits devant arriver sur les tablettes en 2021.L’espoir est que cet investissement initial permettra à terme de produire Mylo à une vitesse et une efficacité similaires à celles des autres matériaux du marché de masse, afin de le rendre abordable même pour les petites entreprises. «La semaine de la mode sans fourrure me remplit d’espoir», déclare Stella McCartney «À notre stade actuel, nous dépendons des grandes marques pour aider à subventionner les coûts énormes qu’il faut pour trouver comment fabriquer Mylo à une échelle commerciale», a déclaré Bainbridge. «Ces entreprises nous permettent de développer un processus qui produira à terme une alternative au cuir de haute qualité à un prix comparable à celui du cuir, mais cela prendra quelques années.» Mylo peut imiter l’aspect et la sensation du cuir véritable d’un mélange stratégique de marques de luxe et de vêtements de sport, dans le but de montrer qu’un nouveau matériau biosourcé peut être à la hauteur des normes esthétiques et de performance élevées inhérentes à ces industries.Selon Bolt Threads, Mylo peut reproduire le aspect et sensation du cuir véritable dans une gamme de couleurs et de textures et peut être transformé en tout, des chaussures aux sacs et vestes.Le matériau est cultivé à partir de cellules de mycélium sur une période de deux semaines.L’ingrédient principal du matériau est le mycélium ium, la structure filaire que les champignons et autres champignons utilisent pour pousser, un peu comme les racines d’un arbre.Ces cellules de mycélium sont nourries avec de la sciure et d’autres matières organiques et placées sur des tapis de culture carrés. Dans un environnement à humidité et température contrôlées, ils sont autorisés à se développer en une couche mousseuse – « imaginez un grand sac de guimauves écrasées » – et finalement récoltés. Après un traitement ultérieur, le matériau ressemble à une fine feuille de liège. Le réseau de mycélium est transformé en une feuille de matériau qui ressemble au liège mais qui est beaucoup plus mince et plus flexible, qui est ensuite tannée et teinte par les mêmes tanneries qui travaillent avec des cuirs d’animaux.Ces processus impliquent normalement des produits chimiques nocifs tels que le chrome, qui peuvent conduire à pollution des eaux usées et effets secondaires sur la santé des travailleurs. Bainbridge affirme que Bolt Threads ne travaille qu’avec des entreprises qui ont obtenu des certifications mondiales de durabilité. « Mylo est exempt de produits chimiques hautement dangereux et de substances telles que le DMF (diméthylformamide) et le chrome, certains des produits chimiques les plus nocifs utilisés dans le cuir animal et synthétique, » il Ceci est ensuite teint et tanné par les tanneries de cuir pour créer différentes couleurs et finitionsComparé au cuir animal, la société affirme que le processus de production du matériau émet moins de gaz à effet de serre tout en consommant moins d’eau et de ressources naturelles que ce qui est impliqué dans l’élevage du bétail Contrairement aux alternatives en cuir synthétique, il n’utilise pas non plus de plastiques à base de pétrole tels que le polyuréthane ou le PVC, qui émettent du carbone au fur et à mesure de leur production et qui mettront des centaines d’années à se décomposer dans les décharges. Amen cultive des emballages de mycélium à carbone négatif pour expédier ses bougies Bainbridge a déclaré qu’une analyse indépendante du cycle de vie du matériau serait entreprise en 2021, ce qui signifie qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de données disponibles publiquement pour vérifier la quantité de carbone émise et le nombre de ressources. consommée pendant le processus de fabrication de Mylo et l’impact du matériau sur l’environnement lors de sa mise au rebut. du matériau. Bien qu’elle n’ait jamais été commercialisée, la pièce unique a été exposée dans le cadre de l’exposition V & A’s Fashioned from Nature en 2018.Le créateur a également été impliqué dans le développement d’un autre matériau de Bolt Threads, la soie d’araignée de laboratoire utilisée. pour créer une robe de tennis biodégradable en collaboration avec Adidas.

  •  


Mos_Espa, contempler le mycélium

27 oct. 2020

C’est quoi, un champignon? C’est cet organisme vivant dont nous reconnaissons pied et chapeau constituant sa partie visible, mais dont nous ignorons le réseau souterrain complexe, renommé sympathiquement «wood wide web» ou «internet forestier», tissé par les filaments mycéliens qui instaurent une communication entre les racines des arbres. Si nous apprécions en particulier leur goût, et que nous pensons instinctivement au danger toxique de ceux qui ne sont pas comestibles, nous ne mesurons pas encore les bienfaits prouvés dans leur usage pour notre santé et celle de la planète, sachant que le mycélium peut dépolluer certains sols contaminés.

Plusieurs expériences sont menées afin d’explorer le potentiel thérapeutique des champignons en les introduisant dans la psychothérapie assistée, le plus souvent pour aider des patients à surmonter la dépression. Jeudi soir, le festival Mos_Espa accueillera notamment Michael Ljuslin, chef de clinique aux soins palliatifs des Hôpitaux universitaires de Genève, qui témoignera de l’usage de la psilocybine dans le traitement de la détresse existentielle en fin de vie. La même substance a été testée sur une moniale zen, experte des états de méditation profonde, qui parlera de sa participation à cette étude. Pour la mycothérapeuthe Valérie Soukherepoff, les champignons médicinaux constituent un remède miracle pour booster notre système immunitaire.

Cette nature magique et mystérieuse a inspiré aux musiciens des ambiances sonores originales et souvent planantes. Samedi à 13h30, lors d’une balade dans la forêt guidée par une mycologue, Antoine Läng livrera sa propre performance musicale acoustique sous les arbres. Des artistes plasticiens interviennent également pour décliner leur propre fascination devant cette forme de vie si variée et singulière. Fascination qui prend la forme d’installations, scénographies, papiers peints, sculptures qui ponctueront l’espace. Sans parler des objets fabriqués avec le fungus, grâce auquel on peut fabriquer des tissus biodégradables jusqu’à l’obtention d’une sorte de cuir végétal, mais aussi des matériaux de construction.

L’inauguration du festival ne pouvait ignorer la dimension gourmande en intercalant concerts et dégustations grâce à la présence d’un duo spécialisé dans la lacto-fermentation, et une performance gustative mise en scène par l’artiste Manon Briod et Urgent Paradise.


Le dossier du samedi L’hallucinant pouvoir des champignons

26 sep. 2020

Pour sa 13e édition, le festival Mos_Espa explore les usages variés du mycélium. Explications avec Marion Neumann, coprogrammatrice.

Deux espèces du genre «Fungi», un amadouvier sur un tronc d’arbre, un psilocybe et ses spores, ainsi que deux images tirées du long métrage documentaire «The Mushroom Speaks», réalisé par la cinéaste Marion Neumann, sortie prévue en 2021.

Marion Neumann

«Le mycélium est le message!» Cette phrase, le festival Mos_Espa l’a mise en frontispice de sa 13e édition. Du 30 septembre au 3 octobre, à l’étage de Motel Campo, à la route des Jeunes, défileront autant de médecins que de chamanes, de scientifiques que d’artistes, tous inspirés par les propriétés des champignons, tous convaincus du potentiel immense qu’offre le règne des Fungi. «Face aux défis de l’anthropocène, nous avons besoin d’alliés. Or, le champignon est le seul être vivant qui soit capable de concurrencer, voire de surpasser, l’humain dans son impact sur l’environnement.» Propos cueillis auprès de la coprogrammatrice de la manifestation, Marion Neumann, cinéaste férue de Fungi.

On disait bien il y a une dizaine d’années que les champignons sauveraient le monde! Plus subtiles, Marion Neumann et son collègue Frédéric Post optent pour la voie du savoir, aussi varié que peuvent l’être la pratique de Zazen, sous psychotropes, ou l’usage des psychédéliques en milieu clinique (lire interview à droite). Voilà un florilège de recherches, d’expériences, de témoignages – de musiques également: Mos_Espa s’envisage tel ces filaments se répandant en réseaux infinis dans les sols. «All is connected, tout est connecté», dit l’adage. Prenons exemple sur lui, déclarent ses promoteurs. Le mycélium est invisible, mais si suggestif pour le connaisseur qui embrasse un nouvel objectif: «Comment nous, humains, pouvons-nous «faire» le champignon!»

De l’origine suisse du LSD

Il faudra évoquer encore le pouvoir de parasitage, de destruction et de régénération des champignons, expliquer comment certaines espèces dégradent le plastique. Décrire le fonctionnement de notre symbiote intestinal. Rappeler combien de médicaments proviennent de ces créatures chitineuses. Tant et plus. 


Si le règne des Fungi a ses partisans, plus nombreux aujourd’hui qu’hier, il faut remonter aux années 60 pour retrouver les pionniers de la mycologie contemporaine, dans le voisinage des mouvements contestataires. Comme les États-Unis, la Suisse y joue déjà un rôle prépondérant. On sait les aventures d’Albert Hofmann, chimiste des laboratoires Sandowz, qui synthétise en 1938 le LSD à partir de l’ergot de seigle – encore un champignon – puis la psilocybine, vingt ans plus tard. Aux chimistes répondent les botanistes, et les ethnobotanistes, comme Terence McKenna? Dès les années 70, ce natif du Colorado échafaude une théorie originale: nos ancêtres auraient développé leur encéphale en consommant des substances hallucinogènes. Hypothèse intrigante, mais pour ainsi dire impossible vérifier.

Truffe radioactive

Aujourd’hui? Marion Neumann, comme tous les tenants du règne fongique, a adopté ce qui résonne comme la maxime d’un nouvel ordre biologique, dans lequel l’humain trouve – ou retrouve – sa place dans l’entier du monde vivant. Il y a ainsi «la manière d’être fongique», celle qui, semblable au réseau infini, et indicible, des rhizomes sous la terre, enjoint «à se déplacer dans toutes les directions». «Voilà l’activisme», déclare Marion Neumann, qui mentionne l’héritage de Peter McCoy et son «Radical Mycology», mouvement fondateur. Qui se définit elle-même comme «psychonaute myco-cinéphile». Pour elle, l’action est un film. «The Mushroom Speaks», actuellement en montage, sortie prévue en 2021. Le «champignon parle», comme le disait déjà Terence McKenna. 

Le champignon te prend un jour et ne lâche plus. «Je vais commencer le métier de mycothérapeute», poursuit notre interlocutrice. Le métier a sa bible, «Les champignons médicinaux pour sauver le monde», de Valérie Soukhérépoff. De l’eczéma? Le reishi pourrait convenir. Des troubles intestinaux? L’agaricus pourrait être indiqué. On voudrait la panacée. Marion Neumann garde les pieds sur terre: «Il n’y a évidemment pas de remède pour tout régler.»

 Publié: 26.09.2020, 11h42